Carnet de voyage

Pèlerins des Steppes

4 étapes
44 commentaires
144 abonnés
Dernière étape postée il y a 9 jours
À nous les grands espaces, les steppes à l'infini, les bivouacs sous les étoiles, et les pistes en solitaires. Un voyage grandeur nature comme on les aime.
Juin 2024
45 jours
Partager ce carnet de voyage
1
1
Publié le 24 mai 2024

Ça s'emballe par ici les amis!

Depuis quelques jours ça déballe, ça emballe, ça démonte, ça surmonte, ça trie, ça prie, ça cogite, ça s'agite, ça évalue, ça évolue, ça empaquète, ça caquette, ça cavale, ça cale, ça subit, ça réagit, ça imagine, ça affine, ça explore, ça améliore, ça espère, ça accélère.

Vous avez compris, toute l'effervescence des départs, plus un bataillon d'emmerdes de dernière minute. On essuie de féroces attaques mais on tient bon.

Je sonde nos chances (et pas que), dans le match qui nous opposera à Gengis Khan sur son terrain. Et je me dis que deux épaves, toutes vieilles qu'elles soient, contre un conquérant implacable mais mort depuis 800 ans, ça devrait le faire.

On a un peu les chocottes mais on y va de bon cœur. Et surtout, on part avec l'assurance d'être épaules par une bande de fêlés, pourvoyeurs réguliers de petits mots qui rajeunissent.


Phase démontage 
Phase bidouillage 
Phase réassemblage 
Phase qui soulage 
Y a plus qu'a mettre tout le bazar dedans 

Il reste encore quelques détails à régler, mais les grosses contrariétés sont derrière nous. Nos nuits sont maintenant peuplées de steppes verdoyantes, parsemées de yourtes blanches. On tient le bon bout!

Dans trois jours nous volerons vers Oulan-Bator. Deux jours dans la capitale pour remonter les vélos, obtenir un visa, acheter une carte de données mobiles, et trouver un bus qui nous mènera vers notre départ à vélo. Six heures plus tard nous devrions être à Bulgan et donner les premiers coups de pédale après une nuit de repos.

Pour les plus curieux, la carte en haut du carnet de voyage apporte pas mal d'informations. La trace projet en rouge, sera remplacée au fur et a mesure par la trace réalisée en bleu, et un petit compte rendu de la journée sera publié à chaque point étape. Evidemment toutes ces bonnes intentions restent liées à la couverture réseau que nous aurons.

Бид танд том үнсэлт илгээж байна

2

La destination d'un voyage à vélo est souvent le fruit d'une impulsion. A ce stade, c'est ton imaginaire qui te guide, et va savoir par quoi il a été influencé.

Quelques images, une lecture, pourquoi pas une musique ou un rêve. Dès que le lascar (je parle de l'imaginaire, pour ceux qui liraient au lit dans un état de somnolence avancée) a réussi à t'infuser dans le caberlot ton nouveau jardin d'aventures, t'es bon pour bosser comme un forcené.

Ça commence par des heures de recherche sur le net, pour tracer ton itinéraire en fonction des points d'intérêt et des récits compulsés. Pas trop de prises de tête à ce stade, parce que tu risques de le changer plus d'une fois avant le projet final. Ensuite, tu affineras en fonction du type de voies que tu souhaites emprunter. Puis tu évalues les kilomètres et le dénivelé, ce qui te donnera le nombre d'étapes, selon que tu voyages en mode guerrier ou touriste. Si tu aimes les organisations carrées (j'en suis), tu vas même jusqu'à créer un fichier GPX pour chaque étape, avec des nuits bivouac ou en dur. Cette trame n'empêche en rien une improvisation sur le terrain en fonction des circonstances. Mais si les chiffres te donnent des boutons et tu préfères voyager à vue de nez, saute cette étape.

Je les vois déjà tous les titilleurs par principe, les rechigneurs de naissance, les j'ai tout vu sans sortir de la maison. Ils s'écrient au scandale. Ils rétorquent que le voyage c'est avant tout l'inconnu, la découverte, le surprenant, et que trop préparer c'est aseptiser. À ceux là j'enverrai un paquet cadeau de tous les imprévus quotidiens à se coltiner, qu'ils puissent m'aider à les résoudre depuis leur canapé.

Arrivé à ce niveau, tu as fait la partie la plus plaisante. Celle qui te permet de t'approprier ton voyage. De t'immerger dans les ambiances et flairer les difficultés comme les moments plus relax.

Ce qui reste tient plus de la besogne que du plaisir. Décider de l'équipement, récupérer des cartons, dépiauter les vélos, caser tout le barda dans les boîtes, peser, repeser, caler, scotcher. Et enfin, trouver une bonne âme pour te déposer à l'aéroport.

Si tu penses qu'à ce niveau la partie est gagnée, tu te fourres le doigt dans l'œil. Un nouveau moment d'angoisse t'attend au checking. La politique bagages des compagnies aériennes concernant les équipements sportifs est une nébuleuse. Chacun l'interprète comme ça l'arrange, en ajoutant un supplément bagages, ou un supplément sportif, ou pas de supplément du tout. Certaines fois ça passe, ce coup ci Turkish Airlines nous a allégés de quelques centaines d'euros.

Toujours vigilants avec les cartons. Quand tu les vois sur le tarmac sous la pluie mauvais signe 

La bonne surprise qui compense notre contrariété, c'est que nous sommes dans la rangée juste derrière le bloc toilettes, au milieu de l'appareil. Je sais pas si t'as déjà eu ce coup de bol, mais ça change la vie. Tu peux étirer les jambes, te lever sans te fondre en pardons et t'es tout près des cagouinces en cas d'envie pressante. Que des avantages!

Tellement bien que nous arrivons à 7h du matin à Oulan Bator, après 12h de voyage, frais comme des roses. Quand les navettiers affrétés par notre hotel nous annoncent 2h pour faire les 25km qui séparent l'aéroport de la capitale, on pense avoir mal compris. Mais finalement non!

C'est pas un embouteillage c'est un bouchon géant. Une asphyxie routière, un barrage infranchissable, une obstruction définitive. C'est pas possible! Il doit y avoir un accident monstre, un pont écroulé, une attaque extra terrestre. On nous assure que non. C'est normal. Sur des kilomètres ça klaxonne, ça déboîte vainement, ça invective je ne sais qui, et je comprends cette excitation. Pour ne pas perdre patience ici, il faut avoir été croisé avec un paresseux ou cloné en tortue.

Bienvenue au pays des grands espaces!

 Le policier est la juste pour la déco parce que les automobilistes font ce qu'ils veulent

Pour me défouler je remonte les vélos à peine arrivé, et à 13h on déguste un fameux goulash, guidés par Gan, notre adorable hébergeur. L'après midi, complètement jet lagués, à demi comateux nous récupérons des cartes téléphone locales.

Attention à la méprise. Si je prends la liberté de te décrire avec soin notre journée, c'est pour que tu prennes conscience du turbin que suppose un voyage. Jamais une bête énumération de notre quotidien n'aura sa place dans cette œuvre.

Janine tape déjà la causette avec Gan 

Le lendemain, la perspective de se taper deux heures de bouchons pour récupérer nos extensions de visas nous file des frissons. On préfère enfourcher nos canassons à pédales pour faire les 30km aller retour jusqu'à l'agence d'immigration. Un défi dans la jungle urbaine, ponctué de poussées d'adrénaline. Notre seule satisfaction c'est de remonter des files de véhicules au pas sur des centaines de mètres, et slalomer entre les voitures arrêtées. Parfois, une sorte de piste cyclable nous apporte un semblant de sécurité, à condition d'éviter les arbustes qui poussent au milieu, les voitures garées en travers et de sauter les cassures brusques à chaque croisement de route. Le tout dans un environnement magique, où les centrales thermiques cèdent la place aux friches industrielles.

Nous sommes loin des steppes verdoyantes!

Une petite balade dans les bouchons 
Avec vue imprenable sur un environnement magique 

Sur le retour à l'hôtel, un arrêt à Dragon bus terminal nous permet d'acheter nos billets pour rejoindre enfin le point de notre départ à vélo demain.

Aujourd'hui, nous sommes un peu fiers d'être enfin dans le bus qui nous emmène à Bulgan. La bataille livrée avec le chauffeur pour qu'il accepte nos vélos était des plus féroces. Un personnage dans le style méchant grincheux, fruit des amours entre le Capitaine Crochet et la Fée Carabosse, si tu vois ce que je veux dire.

A peine descendu de son bus (son trône), sa main balaye l'air au dessus de nos vélos, signifiant qu'il méprisait ce genre de colis. On montre nos billets, on mime le démontage, on baragouine qu'on s'occupe du chargement. Janine le supplie même les mains jointes façon prière. Il nous tourne le dos et va boire un café. Nous sommes anéantis, dépités. Mais apres cet instant de stupeur je joue le forcing. Pendant que notre bourreau humecte ses papilles, je démonte nos roues, ouvre une trappe et charge les vélos ainsi que nos bagages. Au retour il ouvre la trappe et me fait signe qu'il faut virer tout ça. Je referme la trappe en lui glissant deux billets dans la main. Il l'ouvre de nouveau en me montrant quatre doigts. Je sors deux billets de plus de ma poche et on ferme définitivement cette pu.... de trappe.

Un mauvais gag de plus dans l'escarcelle 

Tout ça pour te dire que ça fait 5 jours que nous sommes partis de la maison et on n'a pas encore foutu un vrai coup de pédale.

Demain on cavalera à travers les steppes, il fera beau et la vie est belle.

PS: Comme les photos sont vraiment moches, je vous envoie juste un petit aperçu de ce que vous verrez dans le prochain article.

Bises Mongoles

3
3
Publié le 7 juin 2024

Aujourd'hui c'est notre cinquième étape, en même temps que mon anniversaire.

Oh, ne vous torturez pas pour les cadeaux, la nature me fait ici la plus belle offrande qui soit pour mon entrée dans la soixante dizaine.

Nous étions déjà sous le charme des paysages Mongols, dès les deux premières étapes sur la route goudronnée. Mais depuis que nous sommes sur la piste la philosophie a changé. La connexion avec la nature est nécessaire. Nous caressons l'ambition d'être ses invités. La présomption de s'y fondre et d'être adoptés. Elle fait semblant de nous le permettre avec la piste comme guide.

Immersion dans la nature 
Avec la piste comme guide 

Côté spectacle, rien ne fait obstacle à la contemplation. Il semble qu'ici l'horizon soit plus loin qu'ailleurs, et pourtant rien n'échappe à notre regard. La portée de notre vision à plus de profondeur. Les images qui s'impriment sur notre rétine sont plus nettes. L'air est plus pur. Tout est harmonie. Tout est placide. Tout est beau.

C'est sûrement ça les grands espaces 
 Camping dans le jardin
Pause repas panoramique

Cette steppe que nous traversons donne à réfléchir. Alors que je passe des heures à la maison pour tondre mes 5000m2, comment font ils dans ce gigantesque jardin? Parce qu'il s'agit bien de cela! Sur des centaines de kilomètres carrés tout est nickel propre. Pas une ronce, pas une limace, pas une motte de taupe, pas un buisson qui dépasse. Que de l'herbe soigneusement tondue et d'une régularité parfaite. Comme si une armée de jardiniers s'était attelée à la tâche. Et ne me dis pas que c'est le bétail, pourtant très nombreux, qui broute avec une telle précision. Je les ai vu moi les vaches, œuvrer dans le champ de mon voisin. C'est du boulot bâclé. Une touffe par- ci, une autre plus loin, pas du tout soigné comme tonte. Alors quel est ce phénomène extraordinaire qui te permet de rouler a ta guise sur cette moquette sans t'enfoncer ou te griffer, ou même éviter quelque obstacle ?

Pelouse nickel jusque sur les pentes 
Les jardiniers à l'œuvre? 

Avec deux habitants au kilomètre carré dans un territoire grand comme trois fois la France, il va sans dire que l'on rencontre peu de monde. Mais c'est loin d'être inhabité. Après le rude hiver, les nomades avec leurs immenses troupeaux, sont de retour dans la steppe. L'habitat est dispersé, fait de yourtes ou cabanes en rondins près des forêts. Les rencontres sont peu fréquentes mais intenses. Nous sommes à peine posés pour le bivouac que deux cavaliers au galop viennent vers nous. A grand renforts de mimes nous avons l'impression de comprendre qu'ils habitent les yourtes sur le pentes au dessus de nous, et qu'ils sont curieux de nos vélos. Je propose à l'un d'eux de l'essayer et l'on assiste aussitôt à un joli ballet au tour de la tente avec test des suspensions et des vitesses. D'autres fois c'est un berger à moto qui se plante devant notre bivouac. Il observe sans dire un mot, alors on engage les mimes pour communiquer. Ça le laisse indifférent.

Cabane plus Yourte l'habitat des steppes le plus fréquent 
Visite du matin 
Visite du soir 

Question forme on s'en sort pas trop mal pour des vestiges en péril. Les deux premières étapes on a joué les jeunes, boostés par l'excitation du début de voyage. À la 3eme, un sacré coup de mou a calmé nos ardeurs. Puis nous avons sagement coupé en deux, l'étape de 80km entre Tarialan et Erdenebulgan. Comme dirait notre amie; on va pas se mettre la rate au court bouillon. Surtout qu'il n'y avait que de la piste, avec un sac à eau de dix litres à me coltiner. Parce que la difficulté majeure de ce début de voyage c'est trouver de l'eau en dehors des villages. Nous croisons régulièrement de grosses ravines, voire des lits de rivières qui témoignent d'écoulements importants, mais elles sont toutes à sec. Et le peu d'eau où pataugent les troupeaux n'est pas consommable, même en la filtrant et la faisant bouillir.

Sur certains passages nous pateaugeons dans la boue ou des marécages, mais on ne trouve pas d'eau. Un comble!

Pour l'instant ce ne sont pas trop les pentes qui font faire la culbute à notre palpitant mais les chiens. Par deux fois, une paire de molosses à l'aboiement hargneux ont déboulé sur nous depuis la Yourte voisine. Le style de plan où tu détectes illico qu'il vient pas chercher la caresse le toutou. Nous roulions sur le bitume en faux plat descendant et il nous a fallu mettre plein gaz pour arriver à les semer. Je ne sais pas si c'était le coup de stress ou l'effort mais on a affolé la pendule comme si on avait grimpé l'Everest.

Là je fais le malin parce que le maître arrivait à moto. Excusez le cadrage mais Janine avait un peu la tremblote.
Avec ce type de bestiaux je suis plus à l'aise

On se fait secouer la couenne sévère sur les pistes. Nous espérons un endurcissement des carcasses.

On vous tient au courant.

4

Si tu savais les efforts surhumains que je fais pour raconter mes salades, tu m'attribuerais le prix de la combativité c'est sûr.

Au bivouac, à peine arrivés, alors que je suis complètement vanné, me voilà obligé de récupérer mes enregistrements, les nommer, les rentrer sur la carte, faire le compte rendu de la journée et charger deux trois photos pendant que Janine monte le camp. Ensuite, en même temps qu'elle prépare le repas, je me torture la caboche pour distiller quelques âneries à poster. Du coup j'ai plus de temps à moi, et en plus je me fais engueuler parce que j'ai tout le temps le nez sur mon téléphone.

Tu crois que c'est une vie ça?

Bivouac du soir 
 Le meme au matin
Là on dirait pas mais je quitte pas le boulot

D'autant plus que sur la piste c'est pas folichon non plus.

Depuis six étapes, nos roues n'ont pas foulé un gramme de goudron. Voilà plus de trois cent kilomètres, que les pistes Mongoles font nos joies et nos larmes, nos doutes et nos espoirs.

La piste sous toute ses formes 

Nos joies c'est tous les matins, après une nuit réparatrice, lorsque nous sommes suffisamment frais pour apprécier les splendeurs qui défilent devant nos yeux. Dispos pour savourer le sentiment de liberté que ces grands espaces nous apportent. Fringants pour déguster le bonheur de vivre des moments de plénitude et mesurer la chance que nous avons d'être ici. Lorsque nos corps ne sont pas encore moulus par la piste, le plaisir est immense. Je ne sais pas au bilan final ce qui pèsera le plus dans la balance, mais il faudra beaucoup de turpitudes pour déséquilibrer autant d'enchantements.

Plein les yeux de beau 
 Et pas embêtés par les touristes
 Ni par les véhicules
Les pierres à cerfs que l'on trouve dans le nord de la Mongolie, sont des stèles mégalithiques avec des gravures de cervidés. 
J'ai pas épuisé mon stock de belles

Il y a aussi le charme des bonnes rencontres.

Entre Erdenebulgan et Chandmani Öndör, notre grand âge ne nous permet pas de faire les 100km de piste d'une traite. La moitié avec les dénivelés et nos bourricots chargés, c'est déjà beaucoup. Au 42ème kilomètre un bosquet de pins nous paraît parfait pour le bivouac. Nous sommes à l'abri du vent, bénéficions d'une mare pour rincer notre transpiration et disposons de bois en abondance pour le feu. Les quelques cabanes de nomades sont assez éloignés pour ne pas paraître intrusifs.

Bivouac en bonne compagnie chez les nomades  

À peine le camp monté, un couple arrive à moto. Ce n'est pas de la curiosité, plutôt la normalité. Dans ce coin de steppe où le premier hameau est à une cinquantaine de kilomètres, les passages de véhicules ne sont pas fréquents, et les voyageurs occidentaux à vélo rarissimes. L'homme, au guidon de sa moto mime qu'ils nous veulent chez eux pour faire descendre quelque chose dans nos gosiers. Sans comprendre s'il s'agît de solide ou de liquide, on lève le pouce.

Super et quand?

Merde, huit doigts!

C'est l'heure de notre coucher. Janine est même souvent dans son duvet avant cette heure là. Tant pis pour notre récup, ici une invitation ne se refuse pas.

Rombo et sa famille vivent à Oulan Bator l'hiver et sinstallent ici pour l'été. Il nous reçoivent en grande pompe. À l'apéro; thé salé au lait de yak, boulettes de fromage séché en guise de chips, fromage de chèvre tartiné au beurre de yak. Lorsqu'on nous sert le bol de soupe l'ambiance s'est nettement détendue. C'est même franchement la rigolade dès que Rombo sort la vodka. Le verre passe de main en main, avec le rituel qui va avec. Cul sec! Trois rasades chacun, c'est la norme Mongole. Les femmes participent aussi mais elles trichent. L'étape va être terrible demain. Nous leurs offrons du pain et de la confiture, ils nous chargent d'un demi fromage.

Disproportionné!

 Ambiance chez Rombo

Après on sort fumer une clope et rassembler les chèvres pour donner la tétée aux plus jeunes agneaux.

 L'heure de s'occuper du bétail
 Ici la famille est comme en vacances

À 6h du matin la traite est terminée. On nous apporte une bouteille de lait et un pot de crème. T'attends pas à la fleurette de chez nous. C'est de la bonne grosse peau bien crémeuse qui reste en surface quand t'as fait bouillir le lait. Avec le peu de confiture qu'il nous reste, une tuerie.

Au depart de ce fameux bivouac, je suis déjà sur le vélo tandis que retentit un Richaaaard derrière moi. Du déjà vu sur le tour d'Espagne pour nos plus fidèles suiveurs. Comme je me doute que mes groupies ne m'ont pas suivies jusqu'ici, j'en déduis que ça ne peut être que Janine. Elle vient de retrouver sa chaussette qu'elle cherchait désespérément. Manque de bol elle est entortillée dans le dérailleur, dont la patte a fumé. À peine le vélo retourné, Rombo arrive à nos côtés avec le meilleur mécanicien de la vallée.

Si ça c'est pas des rencontres qui marquent, tu m'expliqueras!

J'avais commencé, mais j'ai vite laissé faire le spécialiste. 
Une dernière pour la postérité 

Au rayon des larmes, je te passe les douleurs subies quotidiennement par nos corps sur les fins d'étapes, pour te raconter deux trois boulettes.

Avant Chandmani Undur la piste quitte brusquement ma trace sur la droite, pour faire un grand détour de plusieurs kilomètres et propose d'entrée de très fortes pentes. Ma trace au contraire coupe tout droit en terrain plat. T'aurais fait quoi toi? Moi je doute. J'hésite entre suivre la trace la plus marquée par les voitures ou rabioter des kilomètres et de la fatigue. A ce moment, comme pour nous aider à décider un camion chargé de bois sort de la forêt pile sur ma trace. On fonce tout sourire. Cinq minutes plus tard nous contournons une zone détrempée sûrs que ça ne durera pas. Une heure après nous poussons toujours nos vélos enfoncés jusqu'aux mollets dans une fange noirâtre. Les essais sur le vélo se soldent par des plongeons dans la boue, et les contournements par la forêt par une multitude de piqûres et griffures.

Les erreurs se payent cash!

Ici tu peux essayer de pousser en bordure 
 Ou carrément dans la forêt
Mais jamais essayer de passer sur le vélo 
 Autres passages moins boueux mais tout aussi humides

Après Chandmani-Öndör j'avais prévu une étape de 40km avec bivouac en bord de rivière. Je glisse comme ca, que 15km plus loin il y a un Tour camp au bord du grand lac Khövsgöl. Les yeux de Janine font 🤩🤩🤩. Moi je crains que la perspective de passer deux nuits de confort, chouchoutée dans un établissement touristique, au cœur d'un paysage de rêve lui fasse perdre toute lucidité, mais je m'inscris. Au terme d'une étape dantesque de 60km avec des détours (on ne joue plus avec les raccourcis), plus 800m de dénivelé et des pentes où pousser les vélos à deux c'était à peine suffisant, nous arrivons, échinés, rompus, esquintés, ruinés à Ancient Resort Tour Camp. Et comme c'était fermé, nous avons campé devant les bâtiments 😭😭😭.

Ainsi châtient les incertitudes.

Ancient Resort Tour Camp en vue 
 Avec toute la place qu'on veut et personne pour nous embêter
Avec lever de soleil rien qu'à nous 

Au chapitre des doutes, celui de ne pas tenir physiquement, se dissipe au fur et à mesure que nos cuirasses s'endurcissent. Reste les petits doutes quotidiens lorsque les bivouacs s'enchaînent. L'eau, et à moindre niveau la nourriture en font partie.

Est ce qu'au point de bivouac la rivière visible sur l'image satellite nest pas a sec?

Est ce qu'on mise sur cette autre riviere à mi étape?

Ou est ce qu'on assure en la trimballant le sac à eau sur toute l'étape?

Enfin, notre principal espoir c'est de trouver une bonne bibine à s'envoyer dans le gosier lorsque l'étape se termine dans un village. Mais je t'informe que Janine nous a déjà gratifiés d'une petite mousse-cacahuètes en pleine pampa tout fraîchement sortie de sa sacoche.

Bonnes élections et vous trompez pas de bulletin.