Carnet de voyage

Prélude Mongol sur les Caminos de Frontera

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Découvrir un petit coin qui concentre tout ce que nous aimons à quelques encablures de chez nous, pour préparer notre périple estival dans des contrées plus lointaines, ça vous tente? Suivez nous !
Avril 2024
3 semaines
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Publié le 3 avril 2024

A deux pas de la maison, de l'autre côté des Pyrénées, nous avons déniché un petit paradis du vélo. Ici pas de plages paradisiaques ni de palmiers ondulant sous la brise, mais une nature protégée, des villages authentiques et une multitude de monuments historiques, dans la zone la plus dépeuplée d'Europe.

La province de Soria c'est 8,7 habitants au km2, avec seulement 5 habitants au km2 sur 75% du territoire. Sur une superficie de 10 306 km2, 25% sont des Parcs Naturels, et 60% du territoire est composé de couvert forestier. Pour magnifier ce tableau, un vaste réseau de minuscules routes et de pistes permet de "cycloter" dans ce patrimoine prometteur, en toute sérénité.

Canyon du Rio Lobos 

Vous non plus vous ne savez pas situer la province de Soria?

Si je vous dis qu'elle est à 200 km au nord de Madrid, ça commence à vous parler?

Et si je rajoute qu'elle est entourée par Burgos à l'Ouest, Zaragoza à l'Est Logroño au Nord et Guadalajara au Sud, ça y est?

Ceux d'entre vous qui ne voyagent pas comme des valises arrivent à se repérer?

Prenez pas la mouche, moi aussi je n'avais qu'une idée très vague de l'emplacement de ce territoire. Mais le mieux, c'est encore de nous suivre durant les presque trois semaines où nous allons sillonner "Caminos de Frontera", du 8 au 24 avril 2024.

Canyon du Rio Lobos 

Ici Samuel et Oscar, deux autres amoureux de leur terre, ont dessiné sur plus de 1200km, cinq boucles pour découvrir leur pays à vélo. Le travail qu'ils ont fait sur leur site "Caminos de Frontera", est tout simplement colossal. Si vous aimez le vélo rando n'hésitez pas à y jeter un œil, vous y trouverez une multitude de détails pour faciliter votre aventure dans le coin. Mieux, si vous avez des incertitudes, vous pouvez les contacter comme nous l'avons fait, ils sont disponibles, compétents et généreux.

 Mirador de Pena Gorda sur la boucle Pinares de Urbion

Si nous avons opté pour ce périple c'est parce qu'il était tout près de la maison, mais aussi parce que nous trouverions une multitudes de pistes, une zone à faible densité humaine, du dénivelé et les mêmes territoires sauvages que nous trouverons en Mongolie aux mois de Juin et Juillet prochains. Vous qui nous soutenez depuis tant d'années, pensez à invoquer les dieux affectés aux cyclistes, ceux assignés aux aventuriers, ceux qui se chargent de notre bonne étoile, ceux qui s'occupent de la météo, ceux pour la sécurité, ceux pour le souffle trop court dans les montées, pour le mal aux jambes, pour les courbatures... Je sais, ça fait du boulot, mais on voit plus que ça pour permettre à nos vieilles carcasses de nous amener au bout de nos rêves.

A très bientôt pour la suite

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Almazan-Quintana de Gormaz

De la fenêtre de notre chambre d'hôtel, la vue sur la Plaza Mayor d'Almazan est spectaculaire. Mais ce qui attire notre attention c'est l'imposante église San Miguel de style Roman du XII siècle qui ne partage aucun espace autour d'elle. Le ciel est parfaitement bleu et les rayons de soleil chauffent déjà les pierres du monument. Nous piaffons d'impatience de découvrir cette boucle, en préparant nos affaires pour la première étape.

La plaza Mayor et l'église San Miguel avec nos montures prêtes, aux couleurs de Caminos de Frontera

Quelques instants plus tard nous sommes heureux d'être enfin sur nos vélos. De sentir notre corps s'activer, de sentir la brise caresser notre peau, de sentir nos muscles se contracter, de sentir notre respiration s'accélérer, de sentir notre transpiration ruisseller. Peut être tout simplement de se sentir vivre.

Un village en bout de piste perché sur un promontoire et surmonté d'une tour. Scène classique de Caminos de Frontera

Ici le printemps a mis ses couleurs. La piste sur laquelle nous roulons, déroule son ruban ocre à travers la mosaïque verte des terres cultivées, dominées par les collines arides des alentours. La vue porte au loin et nous profitons pleinement de ces paysages singuliers.

On ne se lasse pas de pédaler dans ce décor 

Aujourd'hui nous avons croisé deux tracteurs. L'itinéraire de Caminos de Frontera tient toutes les promesses que nous venions chercher. Beaucoup de piste, quelques villages et hameaux, de belles pierres et encore moins d'habitants. C'est un peu plus dur à la pédale mais la tranquillité est maximale.

Petite pause devant la jolie église de Barca 

Après un casse croûte maison sur la place de Berlanga de Duero, le conte de fées que nous vivions commence à se gâter. La brise qui toute à l'heure caressait ma peau, m'envoie maintenant des baffes carabinées.

Et devine où?

En pleine tronche évidemment!

Peu de temps après le ciel dégouline sur nous. Tout en pedalant sous nos vestes de pluie trempées, on se dit que ce monde n'est jamais parfait, et c'est peut être pour ça qu'on l'aime.

Là, sous le ciel menaçant, tu crois qu'on se promène, alors qu'on lutte comme des forcenés contre le vent.

Avec le vent et la pluie arrivent les douleurs. Janine rumine son mal au dos, au genou, et peste après la selle qui lui fait plein de guili guili façon torture. Il faut dire qu'elle a fait une préparation spécifique crochet à la maison, pour préparer sa saison de vélo. Elle comprend maintenant que le tricot c'est pas le mieux pour pédaler.

Là tu penses qu'elle admire la tour alors qu'elle soulage ses fesses 

A Recuerda, la pluie s'en donne à cœur joie, et Janine se dit qu'elle verra les bodegas dans une autre vie. Pour le moment, son objectif c'est l'hébergement que nous avons réservé. De mon côté, avec la détermination que vous me connaissez, je suis prêt à braver les éléments pour découvrir les deux sites que Samuel nous avait recommandés. Les bodegas valent vraiment le détour. Un alignement de petites réserves semi enterrées où les agriculteurs entreposaient leur vin. Pour le pont médiéval, j'avoue que si Samuel ne m'en avait pas parlé, jamais je n'aurais deviné que j'avais un vestige de l'antiquité sous mes roues.

Le quartier des bodegas de Recuerda, une jolie pause sous la pluie 

A très vite.

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Quintana de Gormaz-Abejar

Ce matin l'ambiance est glaciale, et pas seulement parce que notre logeuse ne décroche pas le moindre sourire depuis hier soir. Dehors, la température a dégringolé frisant avec le zéro. Pour nos premiers coups de pédales, ont s'est déguisés en Eskimos prêts à affronter le Grand Nord. Gants, bonnet, tour de cou, parka et collant long sont de service durant toute l'étape.

Faut être complètement givré pour pédaler par ces températures non? 

Au loin, les sommets où nous passerons dans quelques jours ont mis leur chapeau blanc. Faut croire qu'à 1900m, il ne devait pas faire très chaud hier après-midi. On croise les doigts pour un réchauffement dans deux trois jours lors de notre passage.

Même les quelques troués de soleil ne nous réchauffent pas 

Heureusement, nous arrivons à échapper par moments à la brise polaire qui nous mord le visage, grâce à l'abri du couvert végétal ou nous roulons par intermittence.

A l'abri dans l'un des rares bistrots ouverts, pour se réchauffer avec un café con leche 

Quand nos estomacs demandent du carburant pour continuer à pédaler, nous faisons le tour des popotes sans succès. C'est le revers de la médaille de cette tranquillité que nous sommes venus chercher. La plupart des commerces n'ouvrent qu'en saison touristique, parce que le peu de population locale n'assure pas la viabilité des affaires. Au fond des sacoches, un reste de jambon du petit déjeuner, un bout de fromage et deux barres céréales nous permettront d'arriver au bout de l'étape.

Après ce raté, pas de problème on a assuré les jours suivants. Faut pas déconner avec la bouffe!

Aujourd'hui aucun tracteur n'a croisé notre chemin. Juste trois chevreuils puis un renard, qui ont détalé sous nos roues. Cette tranquillité permanente ne cesse de nous étonner en même temps qu'elle nous enchante. Quand je pense que certains payent pour des retraites spirituelles qui leur coûtent un bras, ici c'est juste quelques décilitres de transpiration et le reste est à l'œil.

Forcément, c'est moins bien aménagé qu'en ville 

Impossible de passer dans le coin sans grimper voir le minuscule village médiéval de Calatañazor. Il faut pousser un peu sur les pédales pour atteindre le promontoire où il est posé, puis forcer encore un peu sur les rues pavés, pour arriver jusqu'aux ruines du château tout en haut. Mais le mieux cest de le découvrir à pied.

En route vers Calatañazor 

Dans les rues du village l'ambiance médiévale est garantie: les rues pavées de galets, les maisons en torchis ou en pierre brute, les charpentes en bois de genévrier, et les cheminées coniques avec leur chapeau pour faire obstacle à la neige, qui rappelent les "espantabrujas" du haut aragon.

La rue escarpée en galets qui constitue l'axe du village 
Les maison à arcades de briques sur poutres de bois 

Sur le plan historique, il semble qu'il se soit joué ici un haut fait de la Reconquista espagnole face aux musulmans, avec la victoire du roi de Navarre sur caudillo maure Almanzor.

Les grilles caractéristiques de l'époque 

Avec tous les efforts que je fais pour te donner du culturel, de l'historique, du bucolique, à la place de mes crétineries habituelles, je suis crevé moi! Tu me diras au moins si t'apprécies.

On aurait encore plein de choses à vous raconter, mais il faut qu'on repose les gambettes.

Adishatz

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Abejar-Vinuesa

Vinuesa-Covaleda

Cette étape entre Abejar et Vinuesa, c'est un peu l'apéro avant le plat de résistance, qui nous sera servi entre Vinuesa et Covaleda dans la Sierra de Urbion.

Même si le matin ça pique encore, le mercure (vous expliquerez aux jeunes qui s'aventurent dans ce récit, qu'il y avait une vie avant le numérique) est à la hausse et le Ciel d'Azur. Le "Ciel d'Azur" c'est juste pour satisfaire timidement ceux qui me qualifient de poète. Pour les autres ce sera tempête de bleu, à la bonne franquette.

 Bien couverts Papy Mamy le matin

Nous sommes dans les contreforts des Sierras et les gigantesques forêts de pins où, paraît-il, les champignons et notamment les cèpes abondent. Gravures, affiches, dépliants, panneaux, sculptures, même les emballages des sachets de sucre pour le café sont à l'effigie des champignons. Quel que soit le village où l'on passe, les champignons sont à l'honneur. Ils en ont fait un vrai levier touristique, en créant même des parcs mycologiques.

 Faut quand même que je t'aime pour te filer des coins à cèpes!

Avant Molinos de Duero nous attaquons la montée dans la Sierra, au dessus de la grande réserve de la Cuerda del Pozo alimentée par le Duero. Il commence à faire chaud, les pentes sont raides et nous faisons péter les bras et jambes nues.

 Chacun sa technique
En haut, la vue sur le lac, puis la descente sur Molinos de Duero, ne sont que du plaisir. 

L'arrivée à Vinuesa se fait toute en descente jusqu'au pont qui nous mène au village.

Devant nous l'arrivée de l'étape: douche, miam-miam, glouglou, sieste. Trop bien! 

Le lendemain c'est l'étape reine de notre boucle. La montée par les pinares de Urbion, le passage par la Lagune Negra, puis la montée à 1800m par une piste qui risque de nous réserver des surprises.

Le problème c'est que notre Ninja, elle est complètement cataplasmée. Un genou arthritique, l'estomac rongé par les anti inflammatoires, et le joufflu incendié par sa selle. Avec tout ça, on peut pas lui en vouloir de mettre les pouces devant le morceau gratiné qui nous attend. La solution est toute trouvée: un raccourci "el atajo" par la route, avec 13 petits kilomètres. Elle devrait arriver à Covaleda pimpante, en même temps qu'elle se préserve pour la suite.

Début de montée pépère, s'il n'y avait pas le vent de face  

J'ai devant moi, sur 10km, une petite route forestière avec pente modérée jusqu'à l'embranchement de la Laguna Negra. Tout serait nickel, mais, parce qu'il y a toujours un mais, et je sens que tu vas me dire que je rabâche, c'est que Eole est un vicieux. J'en suis maintenant convaincu. Sinon, pourquoi depuis trois jours il soufflerait de face quel que soit notre cap? Pas vraiment méchant, mais chaque rafale sur mon visage est aussitôt détecté par mon cerveau, qui me dit illico qu'on perd des kilomètres heure, rien que pour me saper le moral. Alors il faut le museler ce cerveau. L'entourlouper, l'entortiller, jouer de malice, trouver des subterfuges, feinter pour lui faire oublier ce sacré vent.

Tout en usant de ces artifices, j'arrive devant une barrière qui me coupe la route.

C'est quoi ce gag? 

Les méchants veulent casser mon projet. Alors que plein d'enthousiasme j'avais tracé un grand tour, on veut me faire prendre un raccourci vers la Laguna Negra. Tu crois que j'ai fait quoi toi?

Comme tu commences à bien me connaître on continue ensemble!

Peu après, une belle langue de neige sur le bord de la route, m'aide à comprendre l'histoire de la barrière.

Y a plus qu'à espérer qu'elle n'ai pas envahi la route là haut 

Suivent deux kilomètres de châtiment, sous forme de pente à 15% au moins. L'application sur laquelle j'ai tracé le projet donnait des passages à 18%, mais je pense que son concepteur est un peu marseillais.

Je préfère te dire tout de suite, j'ai mis pied à terre, et pas qu'une fois. Parce que je pourrais te raconter des salades, où je passerais pour un demi dieu à 70 piges, et t'y aurais vu que du feu. Mais ici, pas de ça Lisette ! Je m'astreins à une parfaite intégrité avec mes fidèles suiveurs.

En arrivant près de la Laguna Negra les plaques de neige sont plus présentes 

À un kilomètre de la Laguna Negra, dans des pentes encore bien gratinées, quatre cyclistes me doublent allègrement. Comme je te sens très déçu(e) je t'explique: ils ont acheté une boucle de 4 jours avec des VTT électriques, un taxi amène leurs bagages d'une étape à l'autre et ils affichent trente ans de moins au compteur. Ça rassure!

La Laguna Negra, un petit joyau dans un bel écrin 

Je retrouve mes Barcelonais sur le ponton devant la Laguna Negra. Ils me racontent ce que tu sais déjà, et je leur propose un bout de chorizo, parce qu'ils me font pitié avec leur barres céréales.

Merci beau cul ! me répond l'un d'eux.

J'avoue que certaines âmes de la gente féminine ont déjà salué la face nord de mon anatomie, mais une approche aussi directe me laisse un peu baba. Je m'apprete aussitôt à demander des explications à mon aguicheur, lorsque son air innocent me met dans le doute. Je saisis alors, que le compatriote de Cervantes dans un élan de zèle linguistique, s'est emmêlé les pinceaux. Le U tel que nous le prononçons n'existe pas en Hispanie. Notre Catalan voulant démontrer sa maitrise du Français, nous a dégainé cette particularité de langage, mais manque de bol sur un mot inapproprié.

Puisque c'est ça je t'en mets une autre de mon fidèle destrier 

Pour rejoindre ma convalescente, j'ai encore une jolie descente sur route, puis une cruelle remontée sur piste jusqu'à 1800m et enfin la descente finale sur Covaleda.

 À 1600m je commence à être inquiet
A 1700m j'ai de plus en plus de doutes 
Mais ça passe encore 
 A 1800m j'ai fini par pousser

A bientôt pour un nouveau récit mais un peu moins long. Je m'emballe!

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Covaleda-San Leonardo

Randonnée Canyon du Rio Lobos

San Leonardo-El Burgo de Osma

Je suis bien rincé le lendemain de ma virée à la Laguna Negra. Heureusement aujourd'hui c'est une toute petite étape, et demain c'est repos. Enfin...ça c'est ce que nous pensions! Le voyage est toujours plein d'incertitudes qui le rendent magique.

En sortant de Covaleda, quelques petits kilomètres sur la route et hop, à gauche toute pour aller chercher les berges du Douero, par une petite route forestière.

A partir du pont de Los Arrieros c'est un sentier qui nous accueille, longeant la rivière et serpentant au milieu des pins.

Mieux que la cour de récréation.... 

Le soleil du matin joue avec les arbres, pour nous offrir une palette envoûtante d'ombres et de lumière.

Pour les grands enfants... 

Le miroir du Douero tout fraîchement sorti de sa source, nous renvoie le reflet des grands pins. Le charme opère instantanément le long de ses eaux translucides.

Rouler le long du Duero 

Plus loin il deviendra le grand Douro du Portugal, et il passera de charmant à imposant.

Bon, plutôt que d'en faire des tonnes et te dire encore comment on est émerveillés d'être là, et que c'est super beau, et qu'en plus on s'y attendait pas, je te mets quelques autres photos.

L'inattendu est toujours plus magique

De temps en temps, nous trouvons quelques petits ruisseaux en travers du sentier. Pour calmer un peu notre enthousiasme, ils nous invitent à patauger dans la boue, voire à réaliser quelques glissades acrobatiques.

On est pas loin de la trempette 
Étude du terrain avant de se lancer 

Plus de 5 jours de suite à pédaler sur des pistes, on peut le faire! Mais notre réserve fraîcheur se trouve irrémédiablement entamée pour la suite, on le sait. Alors nous nous sommes fixés cette norme à plus ou moins 1 jour, en fonction de ce que nous proposent les alentours de la ville étape. Ici, nous avions prévu de poser nos sacoches à San Leonardo de Yagüe, puis de visiter en mode léger le Canyon du Rio Lobos, qui est la référence du coin. C'était sans compter sur un hôtelier fatigué, un autre trop gourmand pour de pauvres retraités, et un dernier qui voulait nous garder minimum 3 nuits. Il résulte de ces aléas logistiques, un changement de ville étape. Qui entraîne un éloignement de notre lieu de visite, qui sabote notre journée de repos, ce qui présage des coups de bambou dans les jours à venir. C'est ce qu'on appelle l'effet domino non?

Arrête de pleurer et fonce le voir, ce Canyon, me dit une petite voix. Bon OK!

En route vers la Canyon du Rio Lobos 
L'entrée du Canyon 

On s'attendait à un promenade tranquille et on s'est retrouvés sur un vrai spot de VTT. Sentier tortueux, racines en travers du chemin, cailloux à éviter, passages de gués, zones boueuses et passages dans l'eau. Toute la panoplie des embûches d'un parcours tout terrain, plus quelques marcheurs à éviter au détour des virages.

Lorsque le sentier traverse le rio...
On s'adapte en fonction du passage 

Malgré des vélos plutôt bien adaptés pour ce type de terrain, on ne peut éviter une fois encore, quelques belles glissades dans les zones boueuses. La faute de nos pneus, qui ont une bande centrale sans crampons pour éviter d'être trop freinés sur la route. On ne peut pas tout avoir!

Un grand plaisir de rouler au fond de ce Canyon 

Jane, en pleine forme, nous montre toute l'étendue de ses qualités de pilotage. Sauter les racines, traverser le cours d'eau ou slalomer entre les cailloux ne lui pose aucun problème. Et dire que faire du VTT lui fait peur! "Oui mais avec les sacoches ca rassure" explique t'elle.

Après 8 km de sentier nous arrivons à "l'ermitage" qui signe la fin du Canyon. Ici la rivière a creusé en son temps une énorme grotte, et de jolies fenêtres dans la falaise, en surplomb de la rivière.

Le monde appartient à ceux qui se contentent de plaisirs simples 

Voilà! Y a plus qu'à faire demi tour, se taper toute la remontée du Canyon, plus 15km de route jusqu'à notre hébergement, et notre journée de repos sera bouclée. Vivement la retraite!

Sur le chemin de retour 

Peut être qu'à ce stade tu fais une indigestion de prose. Peut être t'as la pensarde qui patine. Le bulbe qui extenue. Non, je te dis ça, parce que moi en ce moment j'ai du mal à produire des mots. J'ai les idées qui grippent. Les neurones en berne. La plume qui sembourbe. Alors parfois, entre toi et moi, y a un lien de cause à effet. Je rame, et tu t'essoufles. Si c'est le cas fais une pause, moi je continue cahin caha. Mais repasse par ici quand tu veux, je t'attends.

Il n'a pas le grandiose de sont collègue Étasunien, mais c'est pas mal quand même 

Ce matin je reçois un message d'Oscar, qui me vante un itinéraire par la jolie ville de Ucero, avec son château, son aqueduc romain et une jolie piste. De temps à autre une étoile file devant nous, et on la regarde s'éloigner bêtement. Ce coup ci j'ai tendu la main, et l'ai happé prestement. C'est validé, on change les plans!

Comme un Templier devant sa forteresse 

Perchée au dessus du village d'Ucero, la forteresse du même nom peut se gagner à la pédale. Attention! T'attends pas à une promenade de santé. J'en connais même qui ont poussé la mule. Avec son triple mur d'enceinte, sa fosse et son pont levis on y est en plein. Il daterait de l'époque des Chevaliers, lorsque l'Ordre du Temple était très présent dans la région. Nous on a franchi la porte centrale sans problèmes, et on s'est installés face au donjon pour casser une graine.

Pas dérangés par le voisinage à l'heure du casse croûte 

Quelques tranches de chorizo et une mandarine plus loin, nous partons voir l'autre curiosité du coin. Un canal romain souterrain, faisant partie du dispositif d'approvisionnement en eau de la ville romaine d'Uxama, aujourd'hui El Burgo de Osma. Le truc chouette c'est que tu peux le visiter en toute liberté, et même parcourir ses 133 mètres, d'un côté à l'autre du petit massif sous lequel il passe. Nous on l'a fait avec les vélos, et c'est très sympa. Mais garde le casque sur la tête.

 L'entrée du canal avec sa grille accessible au public
La traversée rigolote 
 Et la sortie avec le sourire

Quelques coups de pédale plus loin nous sommes sur une jolie piste que nous ne lâchera plus jusqu'au Burgo de Osma, une autre belle ville fortifiée.

 Une vingtaine de kilomètres jusqu'au Burgo de Osma
 Faire un tour dans cette magnifique ville
Et s'envoyer quelques tapas 

Ouf!

Si t'arrives à me motiver j'essaierai d'en faire un dernier.

Couvrez vous il paraît que l'hiver revient.

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Publié le 14 mai 2024

El Burgo de Osma-La Vid

La Vid-Fresno de Cantespino

Fresno de Cantespino-Retortillo de Soria

Retortillo de Soria-Almazan

Ce matin en partant de "El Burgo de Osma", notre motivation est à son apogée.

Départ de Burgo de Osma dominés par l'inévitable chateau local 

Pas seulement parce que la piste qui se profile nous promet un cheminement magnifique à travers la campagne de Soria.

C'est moins montagneux mais tout aussi agréable 

Ni parce que le ciel a viré tous les nuages et que les températures remontent.

Bon, presque tous les nuages! 

Non plus parce que la forme de Janine revient.

 Allez, un petit passage bien foireux pour guérir le genou

Encore moins parce que nous sommes tout simplement d'un naturel optimiste.

Le premier qui dit que je sourie juste pour la photo je le vire des listes 

Non, la raison de notre enthousiasme c'est que ce soir on dort dans un monastère.

 Un peu hésitante la Jane avant de rentrer dans la vie monastique...

On n'a pas pu resister!

En découvrant que dans le coin perdu où nous allions, nous attendait un monastère transformé en hotel, la tentation de s'imprégner de cette ambiance de frugalité et dévotion à été trop forte.

...Mais finalement rassurée 

Malheureusement, toutes nos promesses d'austérité, tous nos serments d'ascétisme, ce sont envolés en découvrant juste en face du monastère, "La Casona de la Vid". Cet établissement propose en plus d'un choix de menus gastronomiques, une palette de vins de la Ribera del Duero (appellation moins connue que la Rioja, mais qui n'a rien à lui envier), issue de leur propre bodega "El Lagar de Isilla".

La tentation est trop forte!

Attention, il convient de préciser qu'en cette journée d'anniversaire de notre fiston, il était de notre devoir de célébrer l'évènement. Hélas, croulant sous le travail, (en même temps il faut bien que quelqu'un paye nos retraites), notre pauvre petit n'a pas pu nous rejoindre. Naturellement c'est un crève cœur de ne pas l'avoir à nos côtés, mais pas une raison suffisante pour sacrifier le traditionnel repas d'anniversaire.

En réalité, nous aurions pu résister.

Le veritable coupable de nos faiblesses, nous poussant à lâcher notre régime draconien pour s'abandonner à une débauche d'agapes, c'est le "Lechazo". Le fleuron de la gastronomie de Castilla Y Leon est un agneau de lait cuit au four à bois, dans un poêlon en terre cuite. Il est plus fondant que le Broutard Pyrénéen (ça fait mal), et plus savoureux que le Ternasco Aragonais.

Toute personne normalement constituée ne peut que capituler devant le "Lechazo".

Le chef de salle qui est un passionné de vélo, nous a bichonnés comme si on était de la famille 

En rentrant au monastère, aidée par la bonne chère et les nombreux nectars absorbés, Janine nous a fait une nouvelle version de "ça glisse au pays des merveilles".

Avec réception stylée 

Les lendemains de bombance se payent cash. Surtout à vélo. Les pentes au dessus de La Vid dans les vignobles de la Ribera del Duero, se chargent de nous le rappeler.

Jusqu'à se résoudre à la poussette 
 Mais dans un décor de rêve
 Et toujours aussi tranquille
 Arrêt casse croûte à Maderuelo sur la place de l'église

Ca fait huit jours que nous sommes sur cette boucle, et la variété de ses paysages ne cesse de nous surprendre autant qu'elle nous ravit. Après un secteur de montagne puis un passage dans les vignobles, nous roulons maintenant dans un décor vallonné, où la piste ocre semble s'écouler entre les coteaux.

Nous traversons des villages aux rues étroites qui paraissent abandonnés, et d'autres en ruines victimes de l'exode rural. Et toujours, cette impression d'être seuls au monde, avec une tranquillité qui à nos yeux n'a pas de prix.

Se laisser glisser sur la piste qui dévale le relief 
Traverser des villages déserts 
Et d'autres abandonnés 

En passant par Tiermes, nous prenons conscience que nous ne sommes pas les premiers à apprécier cette belle région. Le site archéologique de Tiermes nous explique qu'un siècle avant notre ère, les Romains avaient déjà succombé aux charmes de la zone, au point de s'établir ici et créer une ville. Bon, apparemment ils n'étaient pas venu en touristes. Je subodore même, que ça castagnait pas mal pour se faire une place dans le coin. En tout cas ça nous a permis de faire une pause fessier, tout en savourant un moment de culture.


Sans le savoir tu contemples un quartier résidentiel romain, avec les termes au dessus, et même des ruelles pour y acceder 
Et ici la place du marché 

Quelques siècles plus tard, ce sont les Maures qui se prennent de passion pour l'Espagne. Là aussi, ça c'est réglé à coups de cimeterre contre arbalète si j'en crois les récits. Et pour surveiller les méchants Castillans qui résistaient à l'envahisseur, les Califes ont érigé des lignes de tours en pierres sur leur territoire. Nous avons régulièrement croisé ces "Atalayas" posées en haut de promontoires, sans vraiment s'en approcher. Aujourd'hui notre piste passe à côté de l'Atalaya El Tiñon, où nous comptons bien faire une nouvelle pause fessier instructive. Et comme nous ne sommes pas de nature belliqueuse, on se contentera de monter admirer le paysage.

En approche furtive de l'Atalaya 
Avancée jusqu'au pied réussie 
Sommet vaincu 

Les derniers kilomètres de route avant le terme de notre boucle à Almazan auraient pu être un régal, si le vent de face ne nous avait pas complètement achevé.

En route vers le final 
Pour une petite mousse et un Torrezno (autre spécialité locale), bien mérités 

Nous terminons cette virée avec la satisfaction d'avoir trouvé exactement ce que nous venions chercher en vue de notre prochain voyage. Mais surtout, la surprise d'avoir découvert une région propice à nos escapades tout près de chez nous.

Nous reviendrons.

À bientôt dans un autre monde, où les vieux débris feront moins les malins.